Des arbres plantés en plein champ pour cultiver dessous
Le Jardin de Bohème a été sollicité par une agricultrice de l'Yonne pour la plantation d'un projet agroforestier, afin de pouvoir cultiver entre les arbres. Un chantier musclé, avec des essences forestières sélectionnées et adaptées à notre terroir, coordonné et subventionné par le CNPF.
Publié le 14 janvier 2026, mis à jour le 4 septembre 2026
L'agroforesterie consiste à remettre des arbres dans une parcelle cultivée, en lignes espacées, de façon que les engins passent entre. Les racines travaillent sous la culture, les houppiers travaillent au-dessus, et la culture continue.
Ce que les arbres apportent à la parcelle
Ils ombragent les cultures, ce qui devient un argument à mesure que les mois de juin ressemblent à des mois d'août. Un blé qui reçoit une heure d'ombre portée en milieu d'après-midi perd moins d'eau et échaude moins.
Ils protègent du vent et favorisent l'infiltration de l'eau. Sur les plateaux ouverts de l'Yonne, le vent d'ouest sèche autant qu'il couche.
Ils abritent et nourrissent la faune, domestique et sauvage. Les auxiliaires passent l'hiver dans les lignes d'arbres et sortent au printemps sur la culture.
Ils produisent de la biomasse. Les tailles partent en broyat, le broyat retourne au sol, et le carbone reste dans la parcelle.
Et les arbres eux-mêmes seront du bois d'œuvre. Un merisier ou un alisier planté aujourd'hui, conduit droit et élagué à temps, vaut quelque chose dans quarante ans. C'est une culture de plus, avec un calendrier différent.
Le choix des essences
Les essences forestières sont sélectionnées pour le terroir : sols argilo-calcaires, gel réel, printemps qui alternent le sec et le détrempé. L'érable champêtre, le charme commun, l'aubépine, la viorne obier et le noisetier composent les lignes basses et les bordures. Les arbres de haut jet occupent les places définitives, avec au moins huit mètres entre eux sur la ligne.
Ce qui compte autant que l'espèce, c'est la provenance du plant. Un merisier d'origine locale débourre en accord avec nos gelées tardives. Le même merisier issu d'un lot du sud-ouest part deux semaines trop tôt et se fait geler un printemps sur trois.
Le calendrier d'un chantier de plein champ
Le sous-solage se fait à l'automne, sur sol ressuyé, dans l'axe des futures lignes. La plantation suit entre décembre et mars, à racines nues. La protection contre le gibier se pose le jour même, sans exception : en plein champ, les chevreuils trouvent les jeunes plants dans la semaine.
L'entretien du pied est mécanique ou manuel pendant trois ans. L'élagage de formation commence la quatrième année et se poursuit jusqu'à sept mètres de tronc propre, une branche à la fois, en hiver.
Monter un projet
Ces chantiers sont subventionnés et coordonnés par le CNPF, ce qui change la donne sur le prix au mètre. Si vous exploitez dans l'Yonne et que la question vous traverse, écrivez-nous : nous regardons le parcellaire, nous proposons un mélange, et nous plantons.