Fruitiers
Nos pommiers de variétés anciennes
Une pomme n'est pas l'autre. Certaines se croquent en octobre, d'autres attendent février pour être bonnes ; il y en a pour la tarte, pour le cidre, et quelques-unes qui ne valent que cueillies sur l'arbre.
Ce que nous cultivons
Alfred Jolibois a semé un pépin à Gurgy en 1907
L'arbre qui en est sorti donnait de grosses pommes jaune paille striées de rouge, qui tenaient jusqu'en mai dans une cave. Les voisins sont venus prendre des greffons, la variété s'est répandue au bord de l'Yonne au nord d'Auxerre, et elle porte toujours le nom de l'homme qui l'a semée.
C'est comme ça qu'une variété locale naît. Un pépin lève au mauvais endroit, l'arbre donne quelque chose de bon, et le pays le multiplie dans un rayon de trente kilomètres. Puis ça s'arrête là. Personne n'en a jamais fait commerce, et c'est pourquoi on ne les trouve nulle part.
L'Avrolles vient d'un village rattaché aujourd'hui à Saint-Florentin, à trente kilomètres d'ici, décrite dès 1856. Sa réputation a fini par sortir de Bourgogne : à la fin des années soixante, des cidriculteurs normands sont venus chercher des greffons parce qu'aucune de leurs variétés n'apportait cette acidité-là.
Elles ont failli disparaître pour une raison très simple. Les fermes ont cessé de presser, les arbres de plein vent gênaient les tracteurs. On ne replante pas un pommier dont on ne boit plus le jus, et les vergers du Pays d'Othe se sont vidés en deux générations.
Pourquoi planter une variété ancienne
Les variétés de supermarché sont sélectionnées pour un cahier des charges qui n'est pas le vôtre. On leur demande d'être calibrées, de se ramasser en une fois, d'arriver intactes après huit cents kilomètres. Le goût vient après.
Les variétés qu'on greffe ici ont été gardées pour autre chose. Le Calville blanc parce que sa chair monte à la cuisson, la Reinette grise du Canada parce qu'elle tient au four alors qu'elle est laide et râpeuse comme du cuir. Chacune n'est bonne qu'à ce pour quoi on l'a retenue, et c'est ce qui rend le choix intéressant.
Quelle pomme choisir, et jusqu'à quand elle se garde
Tout se joue là. Une pomme de septembre et une pomme de mars ne se plantent pas pour les mêmes raisons.
| Variété | D'où elle vient | Bonne à manger | Usage |
|---|---|---|---|
| Avrolles | Avrolles, près de Saint-Florentin | jusqu'en mars | cidre et jus |
| Gros saulette | Pays d'Othe | septembre à novembre | cidre, tient à la cuisson |
| Jacquet de l'Yonne | Yonne, 1948 | décembre au printemps | à croquer |
| Jolibois de Gurgy | Gurgy, 1907 | décembre à mai | à croquer |
| Reine des Reinettes | Europe, XVIIIe siècle | septembre à décembre | à croquer et à cuire |
| Reinette grise du Canada | Europe, XVIIIe siècle | jusqu'en mars | cuisson et four |
| Belle de Boskoop | Pays-Bas, 1856 | janvier à mars | cuisson, puis à croquer |
| Calville blanc | France, XVIIe siècle | jusqu'en février | pâtisserie |
| Court-pendu gris | France, XVe siècle | décembre à avril | à croquer |
| Api étoilée | Europe, XVIe siècle | janvier à mai | à croquer |
| Patte de loup | France | jusqu'en février | à croquer |
Ces durées supposent une cave, pas un cellier chauffé. La Belle de Boskoop est franchement acide en octobre et devient bonne en janvier : on la range et on l'oublie.
Pour le pressoir, l'Avrolles apporte l'acidité qui garde le cidre clair, la Gros saulette apporte le sucre et la couleur. Assemblez-les. Seule, l'Avrolles donne un jus que la plupart des gens trouvent trop vif.
Faut-il deux pommiers
Un pommier a besoin du pollen d'une autre variété. Sans ce voisin il fleurit magnifiquement chaque avril et ne donne rien en septembre.
La Reine des Reinettes est la plus sûre : son pollen est fertile et abondant, elle féconde à peu près tout le reste. La Reinette grise du Canada et la Belle de Boskoop sont triploïdes, leur pollen est stérile, il leur faut deux autres variétés à côté. Le Court-pendu gris fleurit si tard qu'il ne trouve presque personne en face, ce qui lui fait manquer les gelées d'avril ; l'Api étoilée, tardive elle aussi, est son partenaire naturel. Dix mètres au maximum entre deux arbres appelés à se féconder.
Nous en parlons avant la vente. C'est plus agréable que d'en parler quatre ans après.
Planter un pommier à racines nues
Nos pommiers s'achètent à racines nues, de novembre à mars, hors gel, et se plantent dans la quinzaine qui suit l'arrachage. Un scion de deux ans reprend mieux qu'un conteneur : ses racines partent tout de suite dans le sol.
Ouvrez large plutôt que profond, et cassez les parois du trou à la fourche-bêche : l'argile lissée par l'outil fait un mur que les racines longent sans le percer. Tuteur avant l'arbre, du côté du vent dominant. Point de greffe au-dessus du sol, toujours. Les trois premiers étés font le reste, et un grand seau d'eau tous les dix jours vaut mieux qu'un filet quotidien.
Venir choisir son scion
Un scion se regarde. La charpente qui commence, la hauteur du point de greffe, l'état du chevelu racinaire : ça se juge en trente secondes devant l'arbre.
Dites-nous ce que vous avez comme terrain, ce que vous ferez des pommes, et combien de place vous êtes prêt à leur donner. On part de là.
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Nos conseils sur le sujet
printemps
La pollinisation des fruitiers
Un pommier seul fleurit très bien. Il fait des fleurs blanches, les abeilles y travaillent trois jours, et en septembre il y a quatre pommes dessus. Le pollen d'un pommier ne féconde pas ses propres fleurs : il lui faut celui d'une autre variété, ouverte la même semaine, à portée de butineuse ! Pour une récolte fructueuse, pensez y !
hiver
Le gel et la rusticité
En 2021, une nuit de la mi-avril a grillé la floraison de la moitié des pommiers du secteur. Il n'y a pas eu de pommes cette année-là, et les mêmes arbres avaient traversé le mois de janvier sans qu'on s'inquiète une seconde pour eux. Toute la question du gel chez nous tient dans cet écart.
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Au jardin en hiver
Les gens qui passent à la pépinière en janvier trouvent souvent qu'elle a l'air triste, et repartent avec cinq pommiers. C'est la saison où l'on voit le mieux ce qu'on achète : un arbre sans feuilles montre sa charpente, son porte-greffe et ses bourgeons à fruit. Dehors, la terre est libre, et presque tout ce qui se plante se plante maintenant.
Réussir une plantation
Un arbre mal planté ne meurt pas tout de suite, et c'est bien le problème. Il végète deux ans, il fait des feuilles de plus en plus petites, et il sèche au quatrième été sans que personne ne fasse le lien avec cette heure de janvier où on a creusé un peu vite parce qu'il pleuvait.
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Pourquoi planter en hiver
Le 25 novembre, mettez la main au fond d'un trou de plantation. La terre y est encore tiède, alors que l'air pique et que vous avez les doigts froids. Tout le dicton tient dans cet écart-là, et des gens l'ont observé pendant des siècles sans avoir ni thermomètre ni bulletin météo.
hiver
Planter à racines nues
De novembre à mars, on arrache. À la fourche, le matin, dans les rangs derrière la serre. L'après-midi, les plants repartent dans des coffres de voiture et se retrouvent en terre le week-end suivant. Un arbre vendu sans pot surprend toujours la première fois : ça ressemble à un bâton avec des cheveux au bout. C'est pourtant ce qui reprend le mieux.
Choisir se fait mieux à deux
Décrivez-nous votre terrain, sa terre et son exposition. On vous dira lesquelles y tiendront.
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