Tenir un jardin sans pesticides dans l'Yonne
Les pesticides de synthèse sont interdits aux particuliers depuis 2019, et beaucoup de jardins vont mieux depuis. Ce qui règle un problème de pucerons ou de tavelure, chez nous, c'est presque toujours une autre variété, un autre emplacement, ou deux semaines de patience pendant que les coccinelles arrivent.
Choisir des variétés qui résistent
Le choix de la variété est la principale méthode de protection dont vous disposez, et personne ne la présente comme telle.
Un pommier sensible à la tavelure planté dans un fond de vallée humide vous occupera tous les printemps de sa vie. Le Jacquet de l'Yonne, qui vient d'ici, demande beaucoup moins de surveillance qu'une variété rapportée d'ailleurs. La même variété sur un coteau aéré ira déjà mieux, et une variété résistante au même endroit ne vous demandera rien du tout. L'écart entre les deux situations ne se rattrape avec aucun produit, et il se décide en dix secondes le jour où on choisit l'étiquette.
Les rosiers racontent la même histoire. Il en existe des centaines qui se couvrent de taches noires au premier été humide et qui sont nus en août, et d'autres qui traversent la saison sans une marque. Le rosier rugueux ne demande rien à personne et fait des fruits en septembre. Le rosier de Provins, le vieux rosier des apothicaires, tient sur du calcaire depuis des siècles. Un Pierre de Ronsard demande davantage d'air autour de lui, un mur qui ne renvoie pas la chaleur, et il faut le savoir avant de le poser contre une façade sud. Quand quelqu'un nous décrit un rosier qui perd ses feuilles chaque juillet depuis six ans, la conversation porte sur ce qu'il faut planter à la place, pas sur ce qu'il faut pulvériser dessus.
L'origine du plant compte aussi. Un végétal élevé en plein air, sur les mêmes argiles et sous les mêmes gelées, arrive chez vous endurci, tissus durs et entre-nœuds courts. Un sujet poussé vite sous serre chauffée arrive tendre et gorgé d'eau, et les pucerons vont dessus en premier.
Un sol vivant et une croissance régulière
Les pucerons se jettent sur les pousses gorgées d'azote, celles qui suivent un apport d'engrais soluble ou une taille sévère. C'est une des rares règles du jardin qui ne souffre presque pas d'exception, et c'est aussi pour ça qu'un jardin nourri à l'engrais du commerce demande plus de surveillance qu'un jardin qu'on ne nourrit pas.
Ce qu'on cherche, c'est une croissance régulière dans une terre vivante. Matière organique posée en surface, sol couvert en permanence, pas de bêchage, compost mûr plutôt qu'engrais rapide. Une terre où les vers travaillent retient mieux l'eau, ce qui supprime les à-coups de stress hydrique de juillet, et une plante qui n'a pas soif se défend seule.
Ajoutez la rotation au potager, qui casse les cycles des maladies du sol, et surtout l'aération. Des plants espacés, un fruitier taillé pour laisser passer l'air, un feuillage qui sèche vite après une pluie. La plupart des maladies fongiques ont besoin de plusieurs heures d'humidité continue sur une feuille pour s'installer. Le sécateur est souvent un meilleur fongicide qu'un fongicide.
Faire venir les coccinelles et les mésanges
Une larve de coccinelle mange des centaines de pucerons pendant sa croissance. Un couple de mésanges charbonnières nourrit sa nichée de chenilles pendant des semaines, du matin au soir. Les syrphes, les chrysopes, les carabes et les guêpes parasitoïdes travaillent gratuitement, sans jour de repos et sans qu'on leur demande.
Encore faut-il qu'ils soient là au bon moment, et c'est là que ça coince. Les pucerons arrivent toujours avant les coccinelles, forcément, puisque les coccinelles viennent pour les pucerons. Il y a donc chaque année deux ou trois semaines pendant lesquelles le rosier est couvert de bestioles vertes et où personne n'est encore venu s'en occuper. Ce sont les semaines les plus dures à supporter, celles où l'on va chercher le pulvérisateur. Si vous tenez, l'équilibre s'installe, et les années suivantes vous n'y pensez même plus.
Pour qu'ils restent, il leur faut des fleurs ouvertes toute la saison. Un rang de soucis officinaux entre les tomates et un carré de camomille romaine en bout de planche font venir les syrphes, dont les larves mangent les pucerons pendant que les adultes butinent. Il leur faut aussi une haie plutôt qu'un alignement de thuyas, un tas de bois mort, une bande d'herbe non tondue, un point d'eau, un mur de pierres sèches, et des tiges de vivaces laissées debout tout l'hiver.
Que faire quand il faut intervenir
Le geste mécanique règle plus de choses qu'on ne croit. Écraser une colonie de pucerons entre le pouce et l'index, doucher un rosier au jet, ramasser les limaces à la tombée du jour après une pluie, poser un filet sur les carottes et les choux, un manchon sur un jeune tronc contre les chevreuils, un piège à phéromone contre le carpocapse dans un verger.
L'hygiène ensuite, et elle vaut surtout au verger. Ramasser et sortir les feuilles tavelées et les fruits momifiés restés accrochés dans l'arbre, parce que ce sont eux qui portent la moniliose jusqu'à l'année suivante. Couper un rameau chancreux. Passer un coup d'alcool sur le sécateur entre deux arbres quand l'un des deux est malade, ce que personne ne fait jamais et qui explique la moitié des contaminations.
Les préparations à base de plantes viennent après. Le purin d'ortie dilué stimule la croissance au printemps, la décoction de prêle renforce les tissus contre les champignons, le purin de fougère est employé contre certains pucerons. Ce sont des appuis. Ils ne rattrapent pas une plante mise au mauvais endroit, et les recettes miracles qui circulent l'hiver sur internet non plus.
Restent les rares produits autorisés en agriculture biologique, bouillie bordelaise, soufre, savon noir, huile de colza. Ils ne sont pas anodins. Le cuivre s'accumule dans le sol et n'en repart jamais, le soufre brûle les feuillages dès qu'il fait chaud. On les emploie ponctuellement, à la dose minimale, jamais en calendrier préventif systématique, et le moins souvent possible.
Ce que la certification bio couvre exactement
Notre production est certifiée en agriculture biologique par Ecocert depuis juillet 2021, sous le numéro 31262, sur les plantes comestibles. Les aromatiques, les plantes médicinales, les petits fruits, les légumes vivaces et les plants potagers que nous produisons sont contrôlés chaque année.
La gamme ornementale n'entre pas dans ce périmètre. Nous préférons le dire que le laisser croire, parce que la phrase « pépinière bio » est vite écrite et qu'elle recouvre rarement tout le catalogue chez qui que ce soit.
Concrètement, ça veut aussi dire que nos plants n'arrivent pas dopés chez vous. Ils ont poussé au rythme qu'ils tiendront ensuite dans votre jardin, ce qui les rend parfois moins spectaculaires sur l'établi et nettement plus tranquilles au bout de deux ans.
Dites-nous ce qui a raté chez vous
C'est le renseignement le plus utile que vous puissiez apporter, et le plus rarement donné. Un rosier qui se dénude chaque juillet, un pommier tavelé tous les ans, des tomates qui noircissent en août dès qu'il pleut : chacune de ces phrases oriente vers d'autres variétés et d'autres emplacements, et la conversation prend un quart d'heure. Passez du mercredi au samedi, on vous montrera ce que nous produisons qui tient dans ces situations-là, et pourquoi. Si le jardin entier demande une remise en état, nous nous déplaçons pour en discuter sur place et nous établissons un devis.