Comment planter un arbre pour qu'il reprenne
Un arbre mal planté ne meurt pas tout de suite, et c'est bien le problème. Il végète deux ans, il fait des feuilles de plus en plus petites, et il sèche au quatrième été sans que personne ne fasse le lien avec cette heure de janvier où on a creusé un peu vite parce qu'il pleuvait.
Choisir l'emplacement
On choisit presque toujours l'emplacement en dernier, une fois l'arbre acheté, et c'est l'inverse qu'il faut faire.
Commencez par là. Combien d'heures de soleil, en juin et en décembre. D'où vient le vent qui vous embête. Où l'eau stagne au mois de janvier, ce qu'on ne sait jamais quand on visite une maison en juillet. Et quelle place la plante occupera adulte, ce qui est la question qu'on élude toujours.
Cette dernière coûte cher. Une viorne obier vendue à cinquante centimètres fera trois mètres de large, un érable champêtre davantage, et un pommier Jubilé haute-tige en fera huit, même si vous vous étiez arrangé pour ne pas y penser. Un massif planté serré est joli à trois ans et devient une bagarre à dix, où l'on finit par arracher ce qu'on avait mis le plus de temps à choisir. Un seringat et un weigela posés à un mètre l'un de l'autre finissent par n'en faire qu'un, et c'est toujours le plus joli des deux qui passe à la trappe.
Il y a aussi la règle qu'on découvre par le voisin. L'article 671 du Code civil impose cinquante centimètres de recul par rapport à la limite séparative pour une plantation qui restera sous deux mètres, et deux mètres au-delà. La distance se mesure au milieu du tronc. Un prunier planté à quarante centimètres de la clôture se termine à la tronçonneuse quinze ans plus tard, et rarement dans la bonne humeur.
Quand planter
De novembre à mars pour tout ce qui perd ses feuilles, donc pour les fruitiers, les plants de haie et les petits fruits, qui se vendent alors à racines nues. En septembre-octobre ou en mars-avril pour les vivaces et les persistants en conteneur. En juin sur une terre chaude, seulement si on ne peut pas faire autrement, et en sachant qu'on s'engage à arroser tout l'été.
Deux jours se refusent, et ce sont les mêmes chaque année. La terre gelée en profondeur, où les mottes ne se referment pas. Et la terre gorgée d'eau : après une semaine de pluie, une argile travaillée se lisse sous la bêche comme un colombin de potier, et elle garde cette forme jusqu'à l'été. Laissez ressuyer deux ou trois jours, jusqu'à ce qu'elle s'émiette dans la main.
Quelle taille pour le trou de plantation
Les racines nourricières travaillent à l'horizontale, dans les quarante premiers centimètres. Creuser à un mètre ne sert à rien. Élargir sert à tout.
Un trou trop petit, on en voit le résultat trois ans plus tard : l'arbre a la taille d'un balai, il refuse de bouger, et le propriétaire est persuadé d'avoir acheté un mauvais plant. Comptez deux à trois fois l'étalement des racines ou le diamètre de la motte, et une profondeur qui n'excède pas la hauteur des racines.
Dans nos argiles calcaires, il faut en plus griffer les parois à la fourche, sinon le coup de bêche les a lissées et les racines butent contre une paroi de pot sans jamais en sortir. Cassez aussi le fond, pour que l'eau puisse descendre au lieu de s'installer.
Rebouchez avec la terre extraite, à laquelle on peut mêler un tiers de compost bien mûr, mélangé à l'ensemble et pas déposé en couche. Ne remplissez pas le trou de terreau du commerce : vous fabriqueriez une poche confortable dont l'arbre ne sortirait jamais, et une baignoire qui garderait l'eau tout l'hiver. Le sujet a l'air content deux saisons, puis il s'asphyxie.
À quelle hauteur placer le collet et le point de greffe
Le collet est l'évasement entre le tronc et les racines. Il se place au niveau du sol fini, ni plus haut ni plus bas. Enterré, il pourrit lentement ; trop haut, il laisse des racines à l'air. Posez un manche d'outil en travers du trou pour vérifier avant de reboucher, en anticipant le tassement.
Sur un fruitier greffé, il y a un second repère et c'est celui qu'on oublie : le point de greffe, ce renflement visible au-dessus des racines, doit rester dix à vingt centimètres au-dessus de la terre. S'il finit enterré, le greffon émet ses propres racines, le porte-greffe cesse de jouer son rôle, et le pommier que vous aviez choisi parce qu'il devait rester cueillable depuis le sol part à huit mètres. Ça ne se répare pas.
Poser un tuteur sans étrangler l'arbre
Il s'enfonce avant de poser l'arbre. Planté ensuite, il traverse les racines qu'on vient d'étaler avec précaution, et personne ne s'en aperçoit.
Son travail est d'empêcher le vent de faire bouger la motte pendant que les racines s'installent. Il reste donc bas, au tiers de la hauteur, avec une attache en huit, un lien large et souple, et du jeu. Une sangle serrée sur une écorce qui grossit étrangle un arbre en trois ou quatre ans. On en trouve dans à peu près tous les jardins, incrustée dans le tronc, et le propriétaire ne l'a jamais revue depuis le jour de la plantation.
Retirez le tuteur au bout de deux ans, trois au maximum. Un arbre qui n'a jamais eu le droit de balancer ne fabrique pas de bois de réaction et reste fragile toute sa vie.
Faut-il arroser à la plantation en hiver
L'arrosage de plantation ne se discute pas, même sous la pluie de décembre. Il ne sert pas à donner à boire à un arbre qui n'a pas soif : il fait couler la terre fine entre les racines et supprime les poches d'air qui les dessécheraient.
Formez une cuvette, versez lentement, dix litres pour un jeune fruitier et davantage pour un sujet plus fort. Si l'eau ruisselle au lieu d'entrer, attendez quelques minutes et recommencez. Sur nos terres, elle met du temps à descendre.
Ensuite l'arbre a besoin d'eau au printemps et à l'été qui suivent. Surtout au deuxième été, celui où l'on arrête de regarder parce que le feuillage a l'air correct.
Pailler, et laisser l'arbre tranquille
Une couche de dix centimètres sur toute la surface travaillée, feuilles mortes, tonte séchée ou broyat, en dégageant le tronc sur une largeur de main. Le paillage garde la fraîcheur, tient l'herbe à distance et empêche la pluie de refermer la terre.
Puis laissez tranquille. Pas d'engrais la première année, pas de taille de confort, pas de bêchage au pied. Un jeune arbre fabrique des racines, et il le fait mieux quand on l'oublie.
Nous préparons vos plants, et nous les plantons si vous voulez
À la pépinière, nous arrachons les fruitiers et les plants de haie au fur et à mesure, nous rafraîchissons les racines et nous les pralinons pendant que vous chargez la voiture. Venez avec les dimensions de la parcelle et l'exposition, on regardera ensemble les distances et les emplacements, et on vous dira où ne pas mettre le prunier. Et si ouvrir vingt trous dans une argile de Puisaye au mois de janvier ne vous tente pas du tout, ce qui se comprend, c'est aussi notre métier : nous nous déplaçons dans un rayon d'une heure autour de La Ferté-Loupière et nous établissons un devis.