Aller au contenu
Jardin de Bohème, pépinière

en hiver

Ce que le gel fait aux fruitiers, en janvier et en avril

En 2021, une nuit de la mi-avril a grillé la floraison de la moitié des pommiers du secteur. Il n'y a pas eu de pommes cette année-là, et les mêmes arbres avaient traversé le mois de janvier sans qu'on s'inquiète une seconde pour eux. Toute la question du gel chez nous tient dans cet écart.

Givre blanc déposé sur un feuillage de conifère

Qu'est-ce que la rusticité d'une plante

La rusticité, c'est la température minimale qu'une plante supporte en pleine terre, en dormance, sans être détruite. Un laurier-sauce tient autour de moins douze, un romarin rampant vers moins dix, un pommier bien au-delà de moins vingt. L'hellébore, lui, fleurit pendant que tout le reste attend, et le gel ne lui fait rien du tout. C'est noté sur l'étiquette et c'est exact.

C'est aussi très incomplet. Une plante annoncée pour moins quinze degrés meurt à moins huit si ses racines baignent depuis deux mois dans une terre détrempée, parce qu'à ce moment-là ce n'est plus le froid qui la tue mais le pourrissement. Une bonne partie de ce qu'on nous rapporte comme des dégâts de gel, dans nos sols argilo-calcaires, sont des noyades d'hiver. Le propriétaire vient avec un romarin brun et une photo, et la première question porte sur le drainage.

Le drainage, donc, mais aussi le vent d'est, qui dessèche autant qu'il refroidit, et l'âge de la plante. Un sujet installé depuis quatre ans passe un hiver qu'un plant de l'automne précédent ne passe pas.

Le climat de l'Yonne et de la Puisaye

Du continental bourguignon, sans nuance. Des nuits sous zéro régulièrement de décembre à février, des épisodes à moins dix ou moins quinze qui reviennent sans que personne ne s'en étonne, des amplitudes fortes entre l'après-midi et la nuit, et ce vent d'est sec en janvier qui rend les journées d'arrachage désagréables.

Rien de méditerranéen. Il faut y penser quand on lit des conseils de jardinage écrits ailleurs, ou quand on rentre d'un week-end dans le Sud avec une idée en tête. Ce qui pousse sans souci du côté d'Avignon ne passe pas forcément un février de Puisaye, et on ne s'en aperçoit qu'au bout de deux ou trois hivers.

Le relief compte énormément, à l'échelle d'une parcelle. L'air froid est lourd : il coule le long des pentes, s'accumule dans les creux et s'arrête derrière les obstacles. Un verger installé en bas d'une pente gèle plus souvent, et plus fort, qu'un verger à mi-pente cent mètres plus haut. C'est le facteur le plus déterminant du jardin, et c'est celui dont on parle le moins.

Les gelées tardives sur les fruitiers

Un fruitier en dormance est presque indestructible par le froid. Un fruitier en fleur ne l'est plus du tout. Une fleur de pommier ouverte est détruite autour de moins deux degrés, un jeune fruit noué encore plus facilement. Il suffit d'une nuit, et la nuit en question est souvent claire, calme et magnifique.

Nos printemps enchaînent volontiers une semaine de douceur en mars, qui lance la floraison, et un retour de froid trois semaines plus tard. Les Saints de glace, du 11 au 13 mai, marquent la fin statistique du risque, pas son début : c'est une erreur de lecture qu'on entend souvent. Les abricotiers, les pêchers, les amandiers, les pruniers et les cerisiers fleurissent tôt et prennent tout. Les pommiers, qui attendent la fin avril et parfois le début mai, s'en sortent beaucoup plus souvent.

C'est la raison pour laquelle une variété à floraison tardive vaut mieux ici qu'une variété précoce, même si elle donne quinze jours plus tard. Un Calville blanc ou une Belle de Boskoop passent les printemps difficiles bien mieux qu'un abricotier, et le poirier Beurré Hardy s'en tire correctement pour un poirier. Une récolte décalée vaut mieux qu'une récolte perdue une année sur trois. Quand quelqu'un nous demande un abricotier pour un fond de vallon, on le dit franchement avant de le vendre.

Comment protéger un arbre d'une gelée de printemps

Ce qui protège vraiment, c'est l'emplacement et le choix de la variété. Le reste se rattrape à la marge.

Sur un jeune arbre ou un fruitier palissé, un voile d'hivernage jeté le soir d'une nuit annoncée claire, et descendu jusqu'au sol pour garder la chaleur qui monte de la terre, gagne un à deux degrés. Un à deux degrés, dans ces nuits-là, c'est exactement l'écart entre une récolte et rien. Retirez-le le matin, sinon vous cuisez l'arbre au premier soleil et vous empêchez les abeilles de travailler pendant les quelques heures où elles peuvent.

Une chose à savoir, qui surprend toujours : le dégât se produit surtout au dégel rapide, quand le soleil du matin frappe des fleurs encore prises. Un arbre placé à l'ombre du matin, contre un mur exposé à l'ouest plutôt qu'à l'est, dégèle lentement et perd moins.

Évitez enfin de planter vos fruitiers les plus précoces en bas de pente ou dans une cuvette. Et méfiez-vous d'une haie dense ou d'un muret posé en travers d'une pente : ils barrent l'écoulement de l'air froid et fabriquent une poche de gel juste au-dessus, exactement là où vous aviez mis le cerisier.

Protéger les plantes en pot du gel

Une plante en pot subit un froid sans commune mesure avec ce qu'elle subirait au jardin, parce que la motte gèle en entier, racines comprises, alors qu'une terre de jardin ne gèle qu'en surface. Un romarin rampant ou un laurier-sauce parfaitement rustiques ici en pleine terre meurent en pot au premier épisode ordinaire, et on met souvent l'échec sur le compte de la plante.

Regroupez les pots contre un mur de la maison, isolez-les du sol sur une planche ou une plaque de polystyrène, entourez le pot lui-même d'un voile ou d'un carton, et laissez le feuillage à l'air libre. Et arrêtez d'arroser : un substrat gorgé d'eau gèle plus vite, et il fait éclater les poteries en une nuit.

Les pertes les plus fréquentes dans le secteur

Chaque printemps, les mêmes histoires reviennent au comptoir. Une plantation de l'automne que le gel-dégel a déchaussée et que personne n'est allé retasser. Un persistant installé en fond de cuvette humide. Un sujet acheté en jardinerie sans que personne n'ait prononcé le mot drainage. Et les fleurs de pruniers, qui partent une année sur trois quoi qu'on fasse dans certains endroits.

Sauf pour les pruniers, tout cela se décide le jour où l'on choisit l'emplacement.

Dites-nous où se trouve votre terrain

La rusticité se lit sur une étiquette, la tenue d'une plante chez vous se juge sur le terrain. Passez avec la description de votre parcelle, l'exposition, la pente et l'endroit où l'eau stagne en janvier. Nous produisons ici, en plein air, sur les mêmes argiles et sous les mêmes nuits d'avril : ce qui sort de nos rangs a déjà encaissé ce que votre jardin va lui demander. Pour un verger, nous nous déplaçons repérer les zones froides avant de choisir les variétés et les emplacements. Ça coûte une visite, et ça évite de replanter dix ans plus tard.

Ce dont il est question

Les plantes

Les familles

Si vous préférez qu'on s'en charge

Massif d'arbustes au feuillage argenté et de graminées en touffes, au bord d'une terrasse en dalles claires

Conseil et plan de plantation

Nous proposons des visites-conseils sur site et un accompagnement personnalisé pour le choix des végétaux. C'est la prestation de ceux qui veulent planter de leurs mains, mais pas au hasard.

Rangées de jeunes scions de pommiers en cours de débourrement sur un terrain fraîchement travaillé, à contre-jour

Création de verger

Nous plantons des vergers de trente arbres comme des alignements de deux pommiers au fond d'un jardin. Les fruitiers que nous mettons en terre sont des variétés anciennes greffées à la pépinière, dont plusieurs sont nées dans l'Yonne.

À lire aussi

Jardin couvert de givre au petit matin, allée menant à un pavillon

hiver

Au jardin en hiver

Les gens qui passent à la pépinière en janvier trouvent souvent qu'elle a l'air triste, et repartent avec cinq pommiers. C'est la saison où l'on voit le mieux ce qu'on achète : un arbre sans feuilles montre sa charpente, son porte-greffe et ses bourgeons à fruit. Dehors, la terre est libre, et presque tout ce qui se plante se plante maintenant.

Rangées de jeunes scions de pommiers en cours de débourrement sur un terrain fraîchement travaillé, à contre-jour

printemps

La pollinisation des fruitiers

Un pommier seul fleurit très bien. Il fait des fleurs blanches, les abeilles y travaillent trois jours, et en septembre il y a quatre pommes dessus. Le pollen d'un pommier ne féconde pas ses propres fleurs : il lui faut celui d'une autre variété, ouverte la même semaine, à portée de butineuse ! Pour une récolte fructueuse, pensez y !

Deux jardiniers plantent un talus couvert de toile de paillage devant une maison à colombages

Réussir une plantation

Un arbre mal planté ne meurt pas tout de suite, et c'est bien le problème. Il végète deux ans, il fait des feuilles de plus en plus petites, et il sèche au quatrième été sans que personne ne fasse le lien avec cette heure de janvier où on a creusé un peu vite parce qu'il pleuvait.

On en reparle sur place

Apportez vos questions, on a les plants sous la main et le temps d'y répondre.

  • 12 route de Joigny 89110 La Ferté-Loupière, à quinze minutes de Joigny
  • Du mercredi au samedi, 10h – 12h30 et 13h30 – 18h Sans rendez-vous
  • 07 59 58 38 89 Souvent plus rapide qu'un courriel