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Jardin de Bohème, pépinière

en hiver

Planter à racines nues, la façon dont les pépiniéristes plantent

De novembre à mars, on arrache. À la fourche, le matin, dans les rangs derrière la serre. L'après-midi, les plants repartent dans des coffres de voiture et se retrouvent en terre le week-end suivant. Un arbre vendu sans pot surprend toujours la première fois : ça ressemble à un bâton avec des cheveux au bout. C'est pourtant ce qui reprend le mieux.

Rangées de jeunes scions de pommiers en cours de débourrement sur un terrain fraîchement travaillé, à contre-jour

Qu'est-ce qu'un plant à racines nues

Un arbre arraché en pleine dormance, sans motte et sans conteneur. Posé sur l'établi, les racines encore terreuses, il ressemble à un bâton avec des cheveux au bout, et personne n'a jamais envie de payer pour ça la première fois.

Un scion arraché la semaine dernière et remis en terre dimanche ne s'aperçoit presque de rien. Il a laissé quelques radicelles dans le rang, on lui a rafraîchi les pointes au sécateur, et il repart avec des racines qui filent droit dans toutes les directions. Le même arbre en conteneur a passé deux ans à tourner le long d'une paroi en plastique, et quand on le sort du pot la spirale est imprimée dans la motte. Elle ne se défait pas toujours.

L'écart est encore plus net sur les arbustes. Un cassissier ou un noisetier arraché en janvier n'a pas d'autre ambition que de faire des racines jusqu'en mars, et il donne quelque chose dès l'été suivant.

Il y a aussi le prix. Une haie de cinquante mètres en racines nues, ce n'est pas la même dépense que cinquante conteneurs de trois litres. C'est ce qui permet de planter long plutôt que de planter dix mètres et de renoncer au reste.

Comment nous arrachons les plants

Nous ne stockons pas. Les arbres restent dans le rang jusqu'à ce que quelqu'un les demande, et on va les chercher le jour même. Une Avrolles, un Court-pendu gris, une Patte de loup, un poirier Curé : ils passent l'hiver debout dans la terre où ils ont poussé, et ils en sortent le matin où vous venez. C'est un peu plus de travail et ça change beaucoup de choses : entre l'arrachage et la mise en terre chez vous, il se passe quelques heures au lieu de quelques semaines.

Le moment critique tient dans ces heures-là. Un quart d'heure au soleil sur une remorque, un jour de vent d'est, suffit à griller le chevelu fin, celui qui absorbe. On garde donc les plants en sac, à l'ombre, et on les remet dans le noir dès qu'on a fini de les regarder.

Si vous rentrez et que la semaine s'annonce gelée, ne laissez pas le sac dans le garage. Ouvrez une tranchée dans un coin abrité, couchez les racines dedans, recouvrez de terre fine et arrosez une fois. C'est la mise en jauge. Un plant patiente là un mois sans rien perdre, et il vaut mille fois mieux ça qu'une plantation faite en catastrophe dans une terre gelée.

Quand planter à racines nues dans l'Yonne

La saison s'ouvre à la chute des feuilles, chez nous dans la première quinzaine de novembre, et se referme quand les bourgeons gonflent, autour de la mi-mars. Entre les deux, deux périodes se refusent.

La terre gelée en profondeur, d'abord. Les mottes ne se referment pas autour des racines, il reste des poches d'air, et l'arbre passe l'hiver avec la moitié de son chevelu dans le vide.

La terre trempée ensuite, plus fréquente que le gel dans notre coin. Après six jours de pluie, une argile de Puisaye se travaille comme du mastic : on la tasse, elle se lisse, et au printemps elle a la dureté d'une brique. Deux ou trois jours de ressuyage suffisent.

Comment praliner les racines

Il y a une bassine dans la cour, entre novembre et mars : terre fine, compost bien mûr et eau, battus jusqu'à la consistance d'une pâte à crêpes épaisse. On y trempe les racines juste avant que vous ne repreniez la route.

Ce n'est pas un engrais et ça ne nourrit rien. Le pralin colle un film de terre humide contre chaque radicelle, chasse l'air, et empêche le dessèchement pendant le trajet. Dans nos terres motteuses, il fait un second travail : il assure le contact entre la racine et une terre qui, sans lui, laisserait des vides partout.

Avant de tremper, on rafraîchit les extrémités au sécateur. Une coupe nette sur du bois vivant cicatrise et repart. Une racine déchirée à l'arrachage pourrit. On enlève ce qui est abîmé et rien de plus, parce que chaque centimètre de racine coupé est un centimètre que l'arbre devra refaire.

Comment planter, geste par geste

Ouvrez large. C'est la seule chose qu'il faut retenir, et c'est celle qu'on oublie le plus. Un trou de la taille du seau où trempait le plant, on en voit le résultat trois ans plus tard : l'arbre a la taille d'un balai, il fait des feuilles de plus en plus petites, et il refuse de bouger. Comptez une bonne fourche à bêcher de large pour un fruitier, et pas plus profond que la hauteur des racines.

Griffez les parois. Un coup de bêche dans une argile humide lisse la paroi comme un moule de potier, et les racines butent dessus sans jamais en sortir. Cassez aussi le fond, sinon le trou fait baignoire.

Le tuteur s'enfonce avant de poser l'arbre. Planté après, il traverse les racines que vous venez d'étaler avec soin. Ensuite seulement, on place le plant, on éparpille les racines à la main dans toutes les directions, et on vérifie la hauteur avec un manche d'outil posé en travers du trou. Le collet, cet évasement entre le tronc et les racines, arrive au niveau du sol fini. Sur un fruitier greffé, le renflement du point de greffe reste dix à vingt centimètres au-dessus de la terre. Enterré, le greffon fait ses propres racines, le porte-greffe ne sert plus à rien, et le pommier que vous aviez choisi pour rester à trois mètres en fera huit.

Rebouchez avec la terre du trou. Tassez au pied, pas au talon. Formez une cuvette, et arrosez, même en décembre, même sous la pluie. Ce seau d'eau ne désaltère personne : il fait couler la terre fine entre les racines et supprime les dernières poches d'air. Dix litres pour un jeune fruitier. Puis un paillage épais, en dégageant le tronc sur une largeur de main.

Faut-il arroser un plant à racines nues

Après l'arrosage de plantation, l'arbre n'a plus besoin de rien jusqu'au printemps. Il n'a pas de feuilles, il ne transpire pas, il fabrique des racines.

C'est en mai et en juin que ça se joue, quand le feuillage sort alors que le chevelu n'est pas reconstitué. Et c'est surtout le deuxième été qui fait les dégâts, celui où l'on a cessé de regarder parce que l'arbre a l'air installé.

Faites aussi un tour en février, après les alternances de gel et de dégel : le sol soulève les plants mal tassés et les laisse avec les racines à moitié dehors. Un coup de talon règle ça, à condition d'être passé voir.

Venez choisir vos plants entre novembre et mars

Nous arrachons du mercredi au samedi, de novembre à mars, et nous pralinons devant vous. Venez avec la surface à planter et, si vous l'avez, une photo du terrain : on vous dira quelles variétés tiennent dans votre sol, à quelle distance les espacer, et lesquelles il vaut mieux oublier. Les quantités par variété sont limitées et certaines partent en trois semaines, alors si vous avez un verger en tête, novembre vaut mieux que février. Pour une haie entière ou un verger, nous nous déplaçons voir le terrain et nous chiffrons la plantation.

Ce dont il est question

Les plantes

dessin de poire

Curé

Pyrus communis 'Curé'

Les familles

Si vous préférez qu'on s'en charge

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Création de verger

Nous plantons des vergers de trente arbres comme des alignements de deux pommiers au fond d'un jardin. Les fruitiers que nous mettons en terre sont des variétés anciennes greffées à la pépinière, dont plusieurs sont nées dans l'Yonne.

Jeune haie fraîchement plantée le long d'une allée bétonnée, arbustes encore nus en automne face à une grande pelouse

Plantation de haie

Nous composons et plantons des haies champêtres, bocagères, fleuries ou comestibles, sur quinze mètres de clôture comme sur trois cents mètres de parcelle. Les plants sortent de notre production, ou de pépiniéristes dont nous avons vu les rangs.

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Choisir les arbres d'une haie

Le réflexe, quand on a soixante mètres de limite à couvrir, c'est de chercher l'espèce qui pousse le plus vite et de l'aligner. Vingt ans plus tard, ça donne les haies de thuyas qu'on voit sécher par plaques dans tout le département, et qui ne repartent jamais du vieux bois. Une haie champêtre se monte autrement, et elle demande une conversation avant d'être commandée.

Jardinier en bonnet orange travaillant à la pioche sur un talus couvert de toile de paillage, arbres nus en hiver

hiver

Pourquoi planter en hiver

Le 25 novembre, mettez la main au fond d'un trou de plantation. La terre y est encore tiède, alors que l'air pique et que vous avez les doigts froids. Tout le dicton tient dans cet écart-là, et des gens l'ont observé pendant des siècles sans avoir ni thermomètre ni bulletin météo.

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printemps

La pollinisation des fruitiers

Un pommier seul fleurit très bien. Il fait des fleurs blanches, les abeilles y travaillent trois jours, et en septembre il y a quatre pommes dessus. Le pollen d'un pommier ne féconde pas ses propres fleurs : il lui faut celui d'une autre variété, ouverte la même semaine, à portée de butineuse ! Pour une récolte fructueuse, pensez y !

On en reparle sur place

Apportez vos questions, on a les plants sous la main et le temps d'y répondre.

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